La cage
On a la sensation, certains jours, que les gens se comportent comme des ombres d'humains qui courent après des mots en lettres CAPITALES, des mots forts comme la vie, qui absorbent la leur. Stade 0.
Babylone.
Tours de Babel, gratte-ciel, obélisques, fusées spatiales, monuments hors de portée, constructions érigées. Faites que l'homme dépasse l'humain!
De Babel à Babylone.
Naissance des langues et dispersion. Tout le monde parle, plus personne ne s'entend. Bilboul en hébreu. Premiers jeux
Olympiques de celui (ou celle) qui gueulera le plus fort. On finit toujours par y participer. Même si de ce charabia-là, on n'en veut pas. Malentendus, qui-pro-quo, discours de
sourds-dingues.
Et soudain, c'est le silence.
Silence! Chacun ronge son frein.
9/11
Nos langages de frontières se dissolvent dans la Nitro. Jusqu'au jour où les Tours jumelles explosent.
Royaume de Babylone.
L'organisation de sa société s'établit autour d'un seul principe: la hiérarchie. Tout en haut, il y a les dieux,
couronnés de pouvoir. Sous les dieux, couchés à plat ventre, il y a les Hommes Libres. Crées à l'image des dieux, c'est à dire bienheureux. Quelle chance! Mais le cadeau a un prix. Ces hommes,
libres, mais reconnaissants, seront les serviteurs du Pouvoir.
Sous les hommes libres, on croise le muškenū (d'où dérive le mot français « mesquin »), qui n'est pas soumis au service des rois et des dieux, plus proche d'un sujet de droits
civils réglementant les ranchs et les enclos.
Tout en bas de l'échelle de cette société, on trébuche sur l'esclave. Maltraité ou bien nanti, l'esclave né et meurt ainsi. Lié par droit de vie et de mort à son maître, l'esclave appartient à
son maître qui appartient à ses dieux.
Qui sont ces dieux qui nous prennent la tête?
Le passé n'est plus, le futur n'est pas encore. Le présent seul, est. La conscience est ce travail qui consiste à le
saisir.
Mais la fatalité est une invention dont le but est de saisir quelque chose de fixe dans la mutabilité permanente du temps. La fatalité est une divinité, immanente à notre compréhension de la vie.
Une femme, absente au présent, rejoue son passé, ressasse sans cesse son récit, et invoque le Destin. Comme une chanson dont elle ne connaît que le refrain, parce que plus simple à
retenir.
"On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve". Rajoutons que le baigneur n'est jamais deux fois le même
homme.
Mais la définition et le jugement sont tellement plus commodes pour nos esprits réducteurs. Le jugement est un dieu coupeur d'être. Le verdict que l'on dicte sur son prochain, s'imprime en lui,
et le creuse en profondeur, jusqu'à le fendre, avec la violence d'un arbre foudroyé.
Cette femme et cet homme se sont aimés, puis ils se sont tordus. De maladresses et malentendus, en jugements faciles, ils se sont condamnés l'un l'autre. La pente était glissante. Ils l'ont
dévalée, la famille a tourneboulé. Mais si une fois seulement, ils avaient été capable de supposer que leur jugement pouvait être une erreur, ils auraient alors pu se reprendre, et se
réapprendre.
Histoire de peau.
La peau tatouée est le support d'une histoire, belle ou grotesque. Le tatouage est le dessin d'une forme complète,
imprimé sur une matière vivante. Si le tatouage est un Art, la peau est une toile, tendue, puis détendue, une toile vivante, en continuité avec la Nature. Et ce tatouage, si beau lorsqu'il était
frais, qu'on disait chef d'œuvre, est aujourd'hui bien pale, sur sa toile de peau que le soleil et le temps n'ont pas oubliée. Que dit l'Art? Que répond la Nature? L'histoire de la toile de peau
dépasse celle du dessin. Lorsque cette peau sera vieille, le tatouage se pliera à ses reliefs de l'age. Et quand viendra la mort, la toile de peau continuera encore à caresser l'infini dans la
poussière, le vent et les fleurs…
Tandis que le tatouage, comme une idole brisée, ne sera plus qu'une belle idée.
"Idolâtrisme. The System is Babylon.
FORCE
ARGENT
HONNEUR
RESPECT
POUVOIR
TRADITIONS
SUPERSTITIONS
Toutes les idées qui se bâtissent en systèmes politique, religieux, social et économique sont des statues titanesques élevées dans nos cerveaux. Dressés aux quatre coins de nos périmètres de liberté, les piliers des idoles de toujours, sont les principes qui nous gouvernent, qui nous frustrent, qui nous emmerdent. Il est quasiment impossible de les contourner.
HYPOCRISIE
INHIBITION
NEVROSES
Jusqu'au jour où
on décide la dissidence.
Au dessus des divinités en –Isme, il y a la vie, plurielle, variée, changeante, protéiforme, la vie en métamorphoses.
Babylon: "JE VOUS NOURRIS, ET VOUS DEVORE !"
Une femme: "Tu nous a tous endormis, avec tes promesses de réussites et de prospérité"
Un homme: "J'étouffe dans ton air"
Une femme: "Avec tes questions de principe et de respect, tu as fait de nous autres, femmes et hommes, des susceptibles"
Un homme: "Vers où partir? Où n'es-tu pas?"
En cœur: " Nous n'avons plus ni dieux, ni pères. Nous avons laissé derrière nous leur colère et leur ressentiment. A présent, nous sommes seuls. Et notre enfant est né. Apprenons lui à libérer les idées. Montrons lui la vie, cette énergie sans cesse renouvelée."
Plus tard.
L'enfant: " Good-bye Babylon"




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